e choix du terrain

C'est en 1928, lorsque le Canada devient un Etat souverain, que la France envoie sa première représentation diplomatique à Ottawa. Jean Knight est le premier Ambassadeur de France au Canada. Il établit ses bureaux au 140, Wellington Street, et s'installe avec sa famille sur Laurier Avenue, dans la villa Stadacona Hall. Très vite, Jean Knight est chargé par le Département de rechercher un immeuble prestigieux, de vastes dimensions, destiné à abriter à la fois les services et la résidence du chef de poste.

Jean Knight prospecte pendant plusieurs années. Il s'intéresse particulièrement aux grandes maisons situées sur le promontoire de la rivière des Outaouais, à côté des chutes Rideau. Mais les maisons susceptibles de convenir à une Mission diplomatique sont rares et leurs propriétaires ne veulent pas vendre.

La seule solution est alors d'acheter un terrain et de faire construire. Le 17 juin 1930, Jean Knight suggère au Ministère des Affaires étrangères l'achat de la propriété Blackburn sur la Promenade Sussex. L'emplacement, au sommet de la falaise qui domine la rivière Ottawa, voie de pénétration vers l'Ouest depuis Champlain, est superbe. La vue s'étend au loin sur les forêts de la Province de Québec. Le terrain est admirablement situé : à proximité de la résidence du Gouverneur Général et du Parlement, à sept minutes en tramway du quartier des affaires et du parc de Rockliffe (à cette époque, un tramway reliait Rockcliffe au centre d'Ottawa). Le terrain est par ailleurs susceptible d'une importante plus-value : le gouvernement canadien envisage des travaux d'urbanisme pour les alentours, tels que la démolition des usines environnantes ou l'aménagement d'un jardin public.

Le prix de la propriété, 80.000 dollars canadiens, est élevé. Mais le gouvernement français sait que l'emplacement n'a pas son égal. Il vote les crédits d'achat le 30 novembre 1931. L’acte de vente est signé le 31 décembre 1931, entre Mme Mary Alberta Blackburn et M. Arsène Henry, Ministre de France.

La négociation du terrain :


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(PDF: 1837 Ko)

La négociation du terrain n’a pas été facile. L'option d’achat est plusieurs fois repoussée et le propriétaire, Arthur Blackburn, qui compte parmi les millionnaires de la ville, est réputé coriace en affaires. Il refuse de louer son immeuble sans garantie formelle d'achat et réclame le paiement d'intérêts (l'option d’achat étant tombée avant la vente) ainsi que le remboursement d'articles laissés dans la maison : un fourneau électrique, des rideaux-stores, des outils de jardin et un coffre-fort. La France refuse de payer : elle a toujours explicitement dit qu'elle ne voulait pas acheter ces objets. Elle en achètera finalement quelques uns.
L'Ambassadeur de l'époque, Arsène Henry, ne cache pas son irritation. Dans un télégramme adressé à Paris, il écrit : "M. Blackburn, qui a encaissé un prix inespéré pour sa propriété, essaie évidemment de nous exploiter, il est bien connu sur la place pour son esprit ladre et retors. Je me permets de considérer comme difficile et désagréable de l'aller voir pour lui apporter une fin de non recevoir qu'il prendra certainement avec son manque d’éducation et son mauvais caractère habituels. Je suis, d'ailleurs, personnellement, en fort mauvais termes avec lui, pour des raisons qui n'ont toutefois rien à voir avec la présente affaire".

L’ agrandissement du terrain :

En janvier 1938, alors que la construction est en cours, la France achète pour 25.000 dollars la propriété Lemay : une parcelle qui séparait l'Ambassade du bord de la falaise. Le terrain est ainsi sensiblement agrandi.
Au même moment la Province de l'Ontario cède, pour un dollar symbolique, une bande de terrain d'alluvion au bas de la falaise. La rivière Ottawa devient ainsi la limite du domaine.

A quoi ressemble le quartier à l’époque ?

Le quartier est, à cette époque, essentiellement manufacturier. La chute Rideau, qui constitue une précieuse source d'énergie hydraulique, attire plusieurs industries : minoterie, fabrique de vêtements, et notamment une scierie, dirigée par un entrepreneur américain, originaire du Vermont, Joseph Currier, futur député au Parlement fédéral.

Au numéro 24 (l'actuelle résidence du Premier ministre, qui jouxte l’ambassade) habite le Sénateur Edwards, dont la fortune est fondée sur l’industrie du bois. Cette belle villa, appelée "Gorffwysfa", le "havre de paix", a été construite en 1868 par le député Currier, comme cadeau de noces pour sa jeune épouse. En 1943, elle deviendra la résidence officielle au Premier ministre.

Au numéro 36 s’élève l’imposante maison des Lemay dont le chef, Tertulien, homme d’affaires très connu, est décédé quelques 10 ans auparavant. Dans la maison vivent à cette époque ses enfants : Oscar, Juliette, Yvonne, Alice et Évangéline. Leur maison est achetée par la France en 1938 pour agrandir son terrain, la maison est démolie.

Le numéro 62 (actuelle ambassade) est habité par Arthur et Minnie Blackburn, une riche famille d’Ottawa., installée depuis 60 ans dans la maison. La famille Blackburn vend la propriété en 1931 à la France.

 
 

Le choix de l'architecte
Le projet architectural

 
 
 
 
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